Appel de tous les groupes de victimes de crimes contre l’humanité en Colombie

 

Nous, victimes de crimes contre l’humanité en Colombie qui signons cet appel, Déclarons :

1. Que nous rejetons toutes les formes de crimes contre l’humanité. Que, en Colombie, a eu lieu une violation systématique et massive des droits de l’homme par les agents de l’Etat et les paramilitaires qui a engendré la perpétration de crimes contre l’humanité comme le génocide, la disparition forcée, les exécutions sommaires, les tortures et les déplacements par la force.

Que, de même, les groupes insurrectionnels ont pratiqué des infractions au droit international humanitaire, la pratique de la prise d’otage étant une de leurs plus graves manifestations. Cette crise humanitaire fait obstacle aux possibilités de construire une société civilisée où le respect de la vie et de la dignité humaine soit le principe essentiel de la vie ensemble.

2. Que toute justification publique de ces crimes est inadmissible, soit par des motifs idéologiques, soit par la raison d’Etat, sous prétexte de sécurité nationale, du prétendu droit à l’autodéfense, celui de l’accumulation de la richesse et de l’expulsion des terres, ou de n’importe quel autre argument employé pour légitimer ce qui, à la lumière de l’éthique et du droit inaliénable à la vie, est inhumain. Nous considérons que toute expression ou discours par lequel on prétendrait ignorer les droits de l’Homme et le droit humanitaire, nous éloigne du chemin de la paix et de la démocratie. La société doit agir pour sa part afin d’exiger le respect des droits à la vérité, la justice, la réparation intégrale et les garanties de non-répétition.

3. Nous appelons à ce que les victimes soient respectées, à ce que leur souffrance ne soit pas manipulée, à ce qu’elles ne soient pas utilisées à des fins politiques, électorales, économiques ou militaires. Nous lançons cet appel afin que leur dignité ne soit plus affectée d’aucune manière, que l’on cesse de chercher à les opposer les unes aux autres et de porter encore plus atteinte à leurs droits en les prenant pour cible de nouvelles agressions. Nous appelons à ce que leurs propositions et leurs arguments soient assumés avec sérieux et respect.

4. Nous lançons un appel pour l’Accord Humanitaire qui permettrait le retour des personnes séquestrées au sein de leurs familles et de la société, pour que soient soutenues toutes les démarches qui le faciliterait, l’accompagnement et la veille nationale et internationale qui contribueraient à ces objectifs. Et que soit évité tout type d'opération militaire qui mettrait leurs vies en danger ou porterait atteinte à leur intégrité.

5. Nous exigeons la vérité, la justice et la réparation pour toutes les victimes de crimes contre l’humanité et le génocide : Que les disparus soient remis à leurs familles ; que les terres soient rendues aux déplacés ; que soient démantelés de manière définitive les groupes paramilitaires ; qu'on en finisse des liens entre ces derniers et les instances de l’Etat, les entreprises multinationales ou les partis politiques ; que toutes les personnes liées à la para politique, responsables de violations des droits de l’homme, soient sanctionnées et que leurs crimes soient élucidés face au pays et au monde.

6. Après plus de quarante ans de conflit armé ininterrompu, il est urgent de trouver les chemins viables qui nous permettent d’avancer sans plus attendre vers la solution politique négociée du conflit armé où les droits des victimes soient préservés. Nous réaffirmons que la guerre dont souffre la Colombie ne pourra être dépassée qu’à travers un dialogue national large, pluraliste et concerté avec la société.

Aujourd’hui, nous sommes unis et soutenus par l’impérieuse nécessité de rapprochements entre les victimes et tous les secteurs de la société colombienne pour construire une société démocratique basée sur la paix par la justice sociale, le respect intégral des droits de l’homme et la dignité humaine ».

 

Signataires :

 

  • Association Colombienne des Familles de Membres de la Force Publique, Détenus et Libérés par les Groupes Guerrilleros, ASFAMIPAZ.
  • Mouvement National de Victimes de Crimes d’Etat.
  • Yolanda Pulecio, Mère de Ingrid Betancourt.
  • Mouvement des Fils et Filles pour la Mémoire et contre l’impunité.
  • Familles des Disparus du Palais de Justice.
  • Fondation « Manuel Cepeda Vargas ».
  • Victimes et survivants de l’Union Patriotique et du Parti Communiste Colombien
  • Peuple Kankuamo Déplacé à Bogotá.
  • Zones Humanitaires et Zones de Biodiversité des Conseils Communautaires de Jiguamiandó et de Curvaradó.
  • Zones Humanitaires et Zones de Biodiversité des Communautés d’Autodétermination, « Vie et Dignité », CAVIDA.
  • Zone Humanitaire de la Communauté de Vie et de Travail de la Balsita, Dabeiba.
  • Zone Humanitaire de la Communauté Civile de Vie et de Paix du Haut Ariari, CIVIPAZ.
  • Conseil Communautaire du Rio Bajo Naya, Vallée du Cauca.
  • Familles de Victimes de Trujillo, Valle.
  • Familles de Victimes de Inzá, Cauca.
  • Association de Familles de Victimes de la Violence Politique de Rio Sucio, Chocó, CLAMORES.
  • Mouvement Régional de Victimes de Crimes d’Etat, Sucre.
  • Mouvement Régional de Victimes de Crimes d’Etat, Antioquia.
  • Association Régionale de Victimes de la Violence du Terrorisme d’Etat dans le Magdalena Medio, ASORVIM.
  • Familles de Disparus forcés, Familles Colombie.
  • Fondation « Nidya Erika Bautista » pour les Droits de l’Homme.
  • Carlos Lozano, Directeur de l’Hebdomadaire VOZ.
  • Gloria Inés Ramírez, Sénatrice.
  • Gloria Cuartas, ex Maire de Apartadó.
  • Communauté de Ullucos de la Réserve Indigène de San Francisco, Cauca.
  • Association Tequendama de Sucre, Cauca.
  • Association Nationale d’Aide Solidaire, ANDAS.
  • Comité Exécutif National de Section Barrancabermeja.
  • Accompagnement psycho-social en Santé Mentale des Victimes de Violence Politique, AVRE.
  • Comité Permanent pour la Défense des Droits de l’Homme.
  • Commission Inter Ecclésiale Justice et Paix.
  • Collectif d’avocats « José Alvear Restrepo ».
  • Comité de Solidarité avec les prisonniers politiques.
  • Fondation Afro et Culture « La Esperanza ».
  • Réserve Indigène Emberá de Urada, Jiguamiandó, Coredocito.
  • Association Paysanne pour le Développement Intégral du Sud du Putumayo, ACADISP.
  • Corporation « Vinculos » (Liens).
  • Réseau d’Alternatives à l’Impunité et à la Globalisation du Marché.