A l'attention du Doctor Álvaro Uribe Vélez,     

Président de la République,  

Palais de Nariño, Bogotá (Colombie)


Strasbourg, 25 avril 2007

  

Objet : Répression et intimidation des membres de l’opposition politique en Colombie.


        Monsieur le Président,

        C’est avec stupéfaction et indignation que nous avons appris que les membres des partis d’opposition, en particulier les membres du Pôle Démocratique Alternatif, sont la cible d’intimidations, d’espionnage et de répression dans le cadre de leurs activités. 

        Au niveau international, l’important travail pour la démocratisation de la Colombie que réalisent les membres du Pôle Démocratique Alternatif est largement reconnu. Il a permis, entre autres, de faire émerger publiquement les liens des groupes paramilitaires avec d’éminentes personnalités du gouvernement et avec des membres de la majorité au Congrès de la République. Il y a quelques jours, le sénateur Gustavo Petro a dénoncé, preuves à l’appui, qu’un grand nombre des dites « coopératives de sécurité »  crées  et développées dans le département d’Antioquia, ont été et sont à la solde de paramilitaires notoires, impliqués dans le narcotrafic.

        Ce mardi 24 avril, au mépris de toute légalité, une procureur de la République a tenté de perquisitionner le bureau du Sénateur Gustavo Petro, dans l’enceinte même du Congrès de la République. Il y a trois jours, les frères et la mère du sénateur ont été menacés de mort.

        Le lundi 23 avril, dans un bus du transport public de Medellín, Yudith Astrid Vergara Correa, leader sociale et dirigeante du Pôle Démocratique Alternatif, mère et chef de famille, a été assassinée. Il y a un an, M. Jaime Gomez, collaborateur de la sénatrice de l’opposition Piedad Córdoba, avait disparu et a été retrouvé assassiné dans des circonstances toujours non éclaircies.

        Nous avons appris avec surprise que, dans votre discours de vendredi dernier au sujet du refus d’assister à une réunion à Miami en votre présence, exprimé par l’ex-candidat à la présidence des Etats-Unis Al Gore, vous avez affirmé, Monsieur le Président, que vous receviez des informations des services secrets de l’Etat sur les activités légitimes de l’opposition colombienne concernant les négociations sur le Traité de Libre Commerce entre la Colombie et les Etats-Unis. Nous avons vu également comment M. Cesar Gaviria, ex-Président de la République et Président du Parti Libéral, se prononçait pour demander que l’on enquête sur le possible espionnage de l’opposition et comment s’est exprimé le Président du Pôle Démocratique Alternatif, Carlos Gaviria, en affirmant « l’opinion qui ne coïncide pas avec l’opinion officielle est considérée par le Président comme un délit ».

        Dans ce contexte, nous sommes alarmés par les informations selon lesquelles, il y a quelques semaines, vous avez traité publiquement les membres de l’opposition politique de « guérilleros déguisés en civils », dans un pays où ce type de déclarations a coûté la vie à des milliers de colombiens et colombiennes tout au long des 40 ans de conflit armé. Alors que le Vice-président avait eu des propos similaires contre le Docteur Gaviria, il avait dû par la suite présenter ses excuses…

        Monsieur le Président, nous sommes tout spécialement préoccupés par cette succession de faits très graves dont l’objectif est d’empêcher la nécessaire démocratisation de la vie politique en Colombie et l’abandon de la violence comme mode d’action politique. Nous gardons très présent à la mémoire le drame du génocide perpétré contre les membres de l’Union Patriotique, drame qui a prolongé le cercle de la violence en Colombie.

        Nous en appelons solennellement à votre fonction de premier représentant de la Nation, pour que, depuis la Présidence, soit promu le droit de tout colombien à opiner et à faire de la politique de manière démocratique.

        Nous manifestons notre totale solidarité dans la recherche de la paix et la défense des Droits de l’Homme pour tous les colombiens et les colombiennes.


  • Luisa Morgantini, Vice-présidente du Parlement Européen, GUE/NGL, Italie
  • Alain Lipietz, Président de la délégation du Parlement Européen pour les relations avec la Communauté Andine des Nations, Verts/ALE, France
  • Ana Maria Gomes, Vice-présidente de la sous-commission de sécurité et défense du Parlement Européen, PSE, Portugal
  • Richard Howitt, Vice-président de la sous-commission des Droits de l’Homme du Parlement européen, PSE, Royaume-Uni
  • Willy Meyer-Pleite, Vice-président de l’Assemblée parlementaire EUROLAT, GUE/NGL, Espagne
  • Raul Romeva, Vice-président de la Commission pour les droits des femmes et l’égalité des chance, Verts/ALE, Espagne
  • Jens Holm, député européen, GUE/NGL, Suède
  •  Maria Sornosa, députée européenne, PSE, Espagne
  •  Vittorio Agnoletto, député européen, GUE/NGL, Italie
  •   Caroline Lucas, députée européenne, GUE/NGL, Royaume-Uni
  •    Josu Ortuondo Larrea, député européen, ALDE, Espagne
Cc :
  • Dr. Frank-Walter Steinmeier, Ministre des affaires extérieures de la République Fédérale d’Allemagne et Président en exercice du Conseil de l’Union Européenne
  •  Da. Benita Ferrero-Waldner, Commissaire aux Relations Extérieures et à la Politique de voisinage de l’Union Européenne